Quelques mots d'introduction

 En abordant ce dernier chapitre, il me paraît que beaucoup de chemin reste à parcourir pour confirmer l'image de ce Maître intérieur que j'ai tenté d'esquisser à grands traits dans ce qui précède. Comme je l'ai dit, l'Orient ne se hâte pas de répondre à notre attente, mais propose un grand nombre de pièces du puzzle, sans oser toutefois découvrir un instant l'image conductrice qui permettrait de tout reconstituer. Par chance, j'ai été mis sur la voie d'une explication satisfaisante (pour ne pas dire finale) en découvrant les écrits de Mme Blavatsky, après avoir été sensibilisé à la pensée de l'Orient, grâce aux efforts de Jean Herbert et de bien d'autres traducteurs et vulgarisateurs. Fut-ce pour moi l'effet du hasard, une « coïncidence acausale »... ? Ou l'heure qui sonnait à l'horloge du destin (ou de karma) ? Jugez-en plutôt.

C'était vers les beaux jours du 8 mai 1945. A la Sorbonne, toujours, j'allais quitter une salle de cours, pour retrouver l'air du Quartier latin, quand mon regard a été attiré par un petit carton rectangulaire, abandonné là, sur le plancher. Distraitement, je l'ai ramassé : c'était une invitation à une conférence, prévue pour bientôt, vers Saint-Germain-des-Prés. Dans mon quartier, en somme (j'habitais rue de Seine). Vite, je parcourus des yeux le sujet annoncé. « Karma », « réincarnation », que sais-je encore ? C'était l'un de ces thèmes chers aux fidèles de Mme Blavatsky, mais qui étaient aussi familiers au lecteur de Vivekânanda que j'étais. Je me suis donc rendu à la réunion. Surprise : Édouard, un bon copain de la Sorbonne, se trouvait justement à l'entrée. « Tu as trouvé une invitation, toi aussi ? » ai-je demandé. « C'est moi » dit-il « qui en ai mis quelques-unes, après les cours... ». La chaude amitié qui nous rapprochait tous les deux, avec celle de son frère, Claude, mais également, l'intérêt de plus en plus pénétrant que j'éprouvais pour les sujets débattus, tout cela a fait que je me suis mis à suivre assidûment les réunions de l'association vouée à ce genre d'étude 1, où je retrouvais mon ami, avec d'autres jeunes, également passionnés. Ainsi, le « piège » s'est refermé sur moi (comme diraient certains), sans que je tente jamais de le quitter, depuis tant d'années...

On voudra bien m'excuser ces quelques lignes, qui ressemblent à des confidences de vétéran. Écrites simplement avec cette pensée : à propos de Mme Blavatsky, dont il va être question maintenant, j'ai eu tout le temps de faire connaissance avec son personnage, ses idées et son œuvre, et je n'avancerai rien qui ne me paraisse plausible et acceptable, au moins comme hypothèse, pour un penseur ouvert à une vision philosophique aussi large que possible. Les décennies ont passé, puis la NDE est venue occuper l'avant-scène, avec sa fascination mais aussi ses questions insolubles. À ce moment, j'ai découvert, dans la littérature blavatskienne, que le sujet avait été abordé dès les années 1880, avec nombre de suggestions utiles pour en démêler le mystère. C'était l'occasion pour moi d'écrire livres et articles (voir la bibliographie en fin de volume) pour partager ces trouvailles. Mais l'explication finale, ésotérique en somme, m'est restée voilée encore quelques années. Jusqu'au tournant du siècle. D'où mon envie d'en parler plus clairement aujourd'hui. Et maintenant, sur la « citoyenne du monde » que fut (avant l'heure) Mme Blavatsky, on pourrait écrire des volumes. Contentons-nous ici de quelques repères.


1. C'était la « Loge unie des théosophes », une organisation libre et ouverte à tout public, dont le siège était établi, à l'époque, dans le Quartier latin (rue de l'Abbé-de-l'Épée, près de la Salle des Examens). Elle s'est transportée maintenant rue Kepler, dans le XVIe arrondissement, à proximité de l'Étoile.

À ajouter, à la même adresse (au n° 11 bis), une fort belle bibliothèque publique qui renferme, outre la littérature et la documentation relatives au mouvement blavatskien, nombre d'ouvrages essentiels appartenant aux différentes traditions religieuses et philosophiques, d'Orient et d'Occident, sans parler des thèmes d'actualité qui touchent de près la spiritualité dans le monde. Inutile de dire, bien sûr, que j'ai moi-même puisé dans ses rayons bien des informations indispensables pour mon travail d'exploration. [retour texte]

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