La NDE... vers la fin du XIXe siècle

23 L'expérience des rescapés de la noyade (et autres accidents) était traditionnellement connue, mais restait un fait totalement inexpliqué. Dans son livre de 1877 (Isis Unveiled), Mme Blavatsky l'a évoquée [vol. I, p. 179] en insistant sur le « flash de mémoire » illuminant l'être au bord de la mort « qui revoit chaque scène depuis longtemps oubliée de sa vie mortelle », comme « la perception soudaine que saisit l'âme qui se débat, dans les galeries silencieuses où son histoire est dépeinte en couleurs impérissables... ».

e C'était en vérité, pour notre auteur, un exemple,parmi bien d'autres, des prodigieuses possibilités du pouvoir universel de la mémoire déployées dans toute la Nature. Un défi lancé aux matérialistes, comme aux psychologues. Plus tard, dans un article de sa revue Lucifer (oct. 1889), intitulé (en français) « La mémoire chez les mourants », elle allait revenir plus précisément sur le sujet, en commentant un article de Dr Ferré (« Note pour servir à l'histoire de l'état mental des mourants »), paru la même année dans les Mémoires de la Société de Biologie de Paris. Le texte propose d'abord un extrait d'une lettre adressée, en 1882, à un Anglais résidant en Inde (A.P. Sinnett) par l'un des maîtres spirituels de H.P.B. (qui signait K.H.) :

« Aucun homme ne meurt fou ou inconscient, comme l'affirment certains physiologistes. Même un individu en proie à la folie, ou à une crise de delirium tremens, a son instant de parfaite lucidité au moment de la mort, bien qu'il soit incapable de le faire savoir aux assistants.
Souvent, l'homme peut paraître mort. Pourtant, après la dernière pulsation, entre le dernier battement de son cœur et le moment où la dernière étincelle de chaleur animale quitte le corps, la conscience de l'être est toujours active et « passe en revue, en quelques brèves secondes, l'intégralité de sa vie. »

Ici, le maître ne fait-il que rappeler l'expérience connue des gens sauvés de la noyade ? Il déclare comme une certitude qu'elle est constante, quel que soit le mode du mourir. Ce que confirmera H.P.B. elle-même dans l'un de ses livres (parus en 1889) La Clef de la Théosophie [p. 177] :

« Au moment solennel de la mort, même dans le cas de mort subite, chaque homme voit toute sa vie passée se dérouler devant lui dans ses plus minimes détails. »

Mais sur quoi se fondaient toutes ces affirmations ? Pour Mme Blavatsky et ses maîtres, elles ne relevaient pas d'une quelconque spéculation métaphysique, ni de connaissances occultes détenues par une École secrète : il était question d'une vérité expérimentale, saisie à la source, si l'on peut dire, et ramenée de l'initiation. Sur les points évoqués plus haut, comme sur ceux qui vont suivre, le correspondant indien de Sinnett a fait une confession significative, dans ces termes 24 :

« Nous vous disons ce que nous savons, car nous sommes conduits à l'apprendre par expérience personnelle. Vous savez ce que je veux dire et JE NE PEUX EN DIRE PLUS. »

Ce qui renvoie (peut-être) aux secrets de l'initiation de jadis - et nous remet en mémoire ces mots d'Apulée affirmant que « l'acte même de l'initiation figure une mort volontaire » :

« J'ai approché des limites de la mort ; j'ai foulé le seuil de Proserpine et j'en suis revenu porté à travers tous les éléments ; enpleine nuit j'ai vu le soleil briller d'une lumière étincelante... »

Pour retourner à notre sujet, l'« entrée dans la mort » doit s'analyser comme un processus naturel, strictement programmé, dans son déroulement invisible, par la constitution même de l'être qui meurt. S'il n'était que son corps physique, tout s'arrêterait là, bien vite. Comme l'a écrit W.Q. Judge (le principal disciple de Mme Blavatsky) :

« Tant soit peu de réflexion démontre que les faits vus et observés par les médecins et les spectateurs ne sont que le retrait de l'âme et de l'énergie de l'enveloppe extérieure appelée "corps''. Pendant ce processus, et bien que la personne puisse accepter les rites de l'Église, adhérer a n'importe quelle doctrine, ou même parler du ciel avec son dernier soupir et du bonheur ineffable qu'il l'y attend, ce n'est que le premier pas. Alors que les traits physiques présentent une expression calme, peut-être même heureuse, que les parents ferment les yeux de l'homme, et que l'on décrète la mort, lui commence seulement à mourir. »

Cet extrait des Notes sur la Bhagavad-Gîtâ [p. 101] se complète par les lignes suivantes, tirées de L'Océan de Théosophie, du même auteur [p. 104] :

« Lorsque le souffle quitte le corps, nous disons que l'homme est mort, mais ce n'est là que le commencement de la mort ; elle se poursuit sur d'autres plans. »

Ce qui doit se passer après va nécessairement résulter de la double nature de l'être humain, psychique et spirituelle. Sans trop entrer dans les détails, rappelons la distinction élémentaire à faire entre la personnalité terrestre, le moi contingent de l'homme ou de la femme, engagé dans les fluctuations de son existence - en somme « l'ego incarné » (muni de son corps physique et de sa machinerie psychique) - et ce qui doit être appelé, par contraste, son alter ego permanent, l'individualité transpersonnelle qui est le foyer réel, profond, d'identité et de conscience, demeurant dans l'être humain comme son pôle céleste, au niveau spirituel.

Dans la littérature blavatskienne, on trouve, pour la « personnalité » (rappelant le mot étrusque persona = le masque d'acteur), de bien nombreux synonymes, comme « soi inférieur », « ego personnel », « moi illusoire », ou même « homme animal » (= l'homme de désirs non disciplinés). A l'opposé, l'individualité (mot commode qui entend rappeler la partie permanente, indivise, de l'être), renvoie à une sorte de Moi total, immortel, qui soustend le moi partiel, terrestre. Ici, au mot Soi - que C.G. Jung allait rendre plus « accessible » aux Occidentaux, en psychologie des profondeurs - est souvent préféré le terme Ego (avec une lettre capitale), pour signifier un foyer individualisé et conscient de la Grande Conscience universelle, dans une entité permanente, hors des contingences spatio-temporelles. Pour les gens qui découvraient l'Orient, le mot Soi risquait de trop renvoyer à l'Âtman des origines ; et l'« âme » était un peu un fourre-tout, prêtant à confusion. Le terme Ego pouvait aussi poser quelques problèmes : il n'entraîne pas forcément égoïsme, sens d'une séparativité foncière, identification à une forme temporaire : moi-je. Il implique la perception d'une identité essentielle ; en sanskrit : Aham Asmi (« Je suis »). Ce qui est propre à l'homme, depuis sa naissance (rappelée plus haut) et qui demeure dans le choix responsable de toutes ses actions. Mme Blavatsky a utilisé (rarement) le composé « Soi-Ego », parfois l'« Ego divin » (en référence directe au Kumâra, dans le secret du cœur), mais, bien plus souvent, « Ego supérieur », « Ego spirituel », « Ego immortel » ou simplement : « Ego ». Il faudra s'en souvenir pour la suite.

Revenons maintenant à l'imminence de la mort. Le « corps prison », suspendu à ce moment dans ses prérogatives, va laisser le Soi-Ego libre de prendre les commandes. Peut-être le temps que l'ego personnel, décontenancé, fasse d'abord un tour dans les environs, en état de décorporation (plus d'une fois évoqué dans la littérature blavatskienne). Cet ego, qui se trouve alors sur son propre plan (« psychique-astral »), pourrait éventuellement s'aventurer à visiter les différents niveaux de ce plan (au nombre de sept, comme il se doit). Mais il n'en a pas la liberté, pris comme il est dans le mouvement d'aspiration « vers le haut », imposé par le pôle divin, l'« Ego supérieur ». Heureusement pour les voyageurs, car il ne ferait pas bon pour lui s'attarder aux étages intermédiaires qui lui apparaîtraient (sans la cuirasse protectrice nécessaire) comme des zones de turbulence, de tentation monstrueuse et de cauchemar, jusqu'à la dernière extrémité du delirium tremens. D'où l'image du « tunnel noir » des récits de NDE, qui traduit ce transit « non-stop » dans une banlieue psychique, encore très terrestre, et fort polluée 25.

Voir à ce sujet les rares récits des NDE négatives. Le plus souvent, cependant, la conscience du mourant, aspirée vers son pôle spirituel, ne s'arrête pas en chemin. Comme l'a noté Mme Blavatsky, en gagnant le sommet de l'échelle (au septième niveau) :

« [...] c'est là que nous accédons au moment de la mort, ou dans des visions exceptionnelles. C'est là aussi que se trouve l'homme en train de se noyer lorsqu'il se souvient de son existence. »

Pour résumer, comme l'indique le texte de Lucifer, cité plus haut :

« A l'article de la mort, le corps et les sens physiques ayant [...] cessé de fonctionner, l'intelligence s'échappe progressivement par la voie de la conscience psychique et finalement par celle de la conscience spirituelle [...]. »

Mais ici, il faudrait s'acclimater au monde étrange auquel on accède : celui de « l'Ego supérieur » (le « Soi total » de Jung). Hors du temps et de l'espace. Toujours selon H.P.B. :

« L'Ego immortel, individuel, possède une omniscience divine dans sa nature et sa sphère d'action propres [...], il ne connaît dans l'Eternité ni passé ni futur, mais un éternel PRÉSENT. »

Ce qui ne l'empêche pas d'avoir des rapports avec l'incarnation terrestre. On peut rappeler ici le passage déjà cité, emprunté à Jung (dans Ma Vie), où il tire les conclusions de son rêve (où son Soi lui était apparu sous les traits d'un yogi) :

« [...] mon Soi entre en méditation, pour ainsi dire comme un yogi, et médite sur ma forme terrestre. On pourrait dire aussi : il prend la forme humaine pour venir dans l'existence à trois dimensions, comme quelqu 'un revêt un costume de plongeur pour se jeter dans la mer [...] il peut faire les expériences du monde et par une conscience accrue, progresser vers sa réalisation. »

Pour la Doctrine Secrète, l'Ego est ainsi riche de la quintessence que toutes les expériences de conscience de toutes les personnalités terrestres qu'il a animées, ou « méditées », au fil de la réincarnation. Et pendant qu'il « apparaît », un peu comme un acteur, dans l'un de ses rôles successifs sur la scène, il a une claire conscience de la situation. Ainsi, (selon, S.D. II, 306) :

« L'homme réel ou intérieur [l'Ego], qui incarne ses rôles, sait tout le temps d'une représentation qu'il est Hamlet [par exemple], pour la brève durée de quelques actes qui forment, sur le plan de l'illusion humaine, la totalité de la vie d'Hamlet. Et il sait aussi que, le soir précédent, il était le roi Lear - lui-même le successeur de l'Othello d'une autre pièce antérieure. Mais le personnage que l'on voit du dehors est censé l'ignorer - et, effectivement, dans la vie, cette ignorance n 'est, hélas ! que trop réelle. »
« Cela n'empêche pas l'individualité permanente d'en être pleinement consciente - tout en étant incapable d'imprimer cette connaissance dans la conscience de sa personnalité, en raison de l'atrophie de l'œil "spirituel" du corps physique... »

En fait, cet Ego, qui occupe une position focale dans ce que les psychologues appellent l'« inconscient », n'est inconscient que pour la conscience limitée à notre cerveau physique. Il se manifeste à sa personnalité de diverses manières (voix intérieure, intuition, rêves, prémonitions, etc.), en général lorsque cesse le bruit de fond de l'activité sensorielle, ou mentale, et que se relâche l'hégémonie du moi liée au dynamisme du corps. C'est ainsi que l'approche de la mort réunit les conditions idéales pour que la présence de ce puissant foyer de conscience devienne clairement perceptible à l'homme terrestre - malheureusement un peu tard, pour la majorité des individus. Nous voici donc rendus à l'interface entre la Psyché et l'Esprit, à la frontière où va se produire l'étrange rencontre entre deux entités différentes, appelées maintenant à se compénétrer, malgré tout ce qui les sépare :

L'Ego personnel (souvent identifié à « l'âme humaine »),
— né et développé avec le corps impermanent, fluctuant dans le cadre du temps et de l'espace ;
— soumis à des alternances d'éveil et d'inconscience (dans le sommeil profond) ;
— menacé de mourir avec le corps.

L'Ego individuel, permanent (qui a tenu ce moi terrestre dans son aura pendant toute l'histoire de ce personnage),
— transcendant les limites spatio-temporelles ;
— toujours éveillé, et promis à survivre à la mort physique ;
— toujours conscient - et même omniscient ;
— complètement informé de tout ce qui concerne son personnage incarné.

Bien sûr, cet Ego n'est d'aucune façon une personnalité humaine. N'étant « ni Grec ni Juif, ni homme ni femme », il ne parle aucune langue connue dans ce bas monde, mais déchiffre aisément les pensées de la Psyché, et l'éveille à un mode de communication directe, qui n'a pas besoin des mots. Dans ces brefs instants de communion entre le personnel et le transpersonnel, se situent les remarquables expériences cognitives désormais « bien connues ». Particulièrement, la revue panoramique de l'existence, remarquablement prise en compte et commentée par H.P.B.

On lit ainsi, dans l'article de Lucifer signalé au début :

« Au dernier moment, la vie tout entière est reflétée dans notre mémoire : elle émerge de tous les recoins oubliés, image après image, un événement succédant à l'autre. »
« Ainsi, tous les milliers de petits détails de la vie quotidienne, les accidents d'une longue vie, sembleraient susceptibles d'être rappelés à la conscience vacillante, au moment suprême de la dissolution. Une longue vie, peut-être, mais revécue en l'espace d'une courte seconde ! »

Ne fallait-il pas faire remonter tous ces souvenirs « au pouvoir de pensée de l'Ego individuel et non de l'ego personnel » ?

« Mais bien que la mémoire physique d'un homme sain soit souvent obscurcie, un fait en chassant un autre moins vivace, lorsque arrive ce grand changement que l'homme appelle la mort, ce que nous nommons "la mémoire" semble nous revenir dans toute sa force et sa netteté. »
« Ceci ne serait-il pas dû, comme nous venons de le dire, au simple fait que, pendant au moins quelques secondes, nos deux mémoires (ou plutôt les deux états de conscience, le supérieur et l'inférieur) fusionnent, en formant ainsi une unité, et que le mourant se trouve alors sur un plan où il n'y a plus ni passé, ni futur, mais où tout n'est que présent indivisible ? »

Nous retrouvons ici le Soi-Ego, avec sa perception intemporelle...

« [...] d'une réalité toujours présente, sur le plan qui se trouve au-delà de nos conceptions de l'espace et du temps. »

À noter que le moi personnel est là comme un spectateur, en quelque sorte fasciné par le spectacle qu'il subit. D'où la remarque du maître dans sa lettre à A.P. Sinnett (d'octobre 1882) :

« L'expérience des mourants [...] rappelés à la vie a corroboré notre doctrine dans presque tous les cas. Ces pensées sont involontaires et l'on n'a pas plus de contrôle sur elles qu'on en aurait sur la rétine de l'œil si on voulait l'empêcher de percevoir la couleur à laquelle on est le plus sensible. »

Dans La Clef de la Théosophie (parue en 1889), on peut lire encore ces détails très précis, qui ont été maintes fois confirmés... après 1975 :

« Au moment solennel de la mort, chaque homme voit toute sa vie passée se dérouler devant lui dans ses plus minimes détails [...]. Mais cet instant suffit pour lui montrer tout l'enchaînement des causes qui ont opéré sa vie durant. Il se voit et se comprend alors tel qu'il est, dépouillé de tout masque flatteur et affranchi de ses propres illusions. Il déchiffre sa vie en spectateur qui contemple d'en haut l'arène qu'il quitte ; il sent et reconnaît la justice de toute la souffrance qu'il a subie. » [p. 177]

À la question qu'on peut alors poser :
« Et cela arrive-t-il à tout le monde ? »

La réponse donnée est affirmative :
« À tout le monde sans exception. »

Cette affirmation (qui concerne tous ceux qui meurent véritablement) n'est pas d'emblée infirmée par le fait que la revue panoramique de l'existence n'est attestée que par un pourcentage limité de rescapés de la mort. Les raisons de cette limitation restent à élucider. En relisant ces lignes, l'envie viendrait de citer bien des témoignages corroborant à merveille les détails fournis. Comme, par exemple, ce passage d'une lettre d'Albert Heim à Oskar Pfister, citant le récit d'un rescapé d'une chute en montagne :

« Je rejouai toute ma vie comme si j'étais un acteur sur la scène que j'aurais regardé d'en haut, pratiquement de la plus haute galerie du théâtre. A la fois héros et spectateur, j'étais comme dédoublé. »

Cet étrange dédoublement n'a ici rien de pathologique ; il rappelle l'énigmatique remarque de Mme Blavatsky, citée plus haut :

« [...] Pendant au moins quelques secondes,
nos deux mémoires [...] fusionnent. »

Dans ce même passage de la Clef, Mme Blavatsky observe encore :

« [...] des hommes très bons et très saints peuvent voir non seulement la vie qu'ils quittent mais même plusieurs existences antérieures où avaient été produites les causes qui les firent tels qu'ils furent dans la vie qui vient de se terminer. Ils reconnaissent la loi de karma dans toute sa majesté et dans toute sa justice. »

Ces revues de vies passées sont assez rares dans les récits modernes de NDE, mais non inexistantes. Sont-elles vécues exclusivement par « des hommes très bons et très saints » ? Je ne saurais le dire, mais si un témoin, appartenant à la bonne moyenne de l'humanité, en bénéficie dans sa NDE, ne serait-ce pas dû au fait qu'une telle revue répond à un besoin particulier ? Mystère, encore. Dans tous les textes, très brefs, en réalité, que H.P.B. a consacrés à l'approche de la mort, il n'est guère question d'« expériences d'omniscience » du genre relaté en NDE, mais, pour notre auteur, cette réelle omniscience de l'Ego divin allait de soi (elle l'a d'ailleurs affirmée ici, comme on l'a vu) et aurait suffi pour rendre compte de ces expériences. Notons, pour conclure ces trop rapides aperçus, la conclusion qu'on peut lire dans la Clef [p. 24] :

La mort est l'ultime extase sur terre.

Ailleurs, dans le même livre, on relève encore ces précisions [p. 176] :

« La mort se présente toujours à notre soi spirituel
comme une libératrice et une amie. »

Ce qui est une autre façon de traduire le curieux passage suivant, extrait d'Isis (I, 303) :

« Une fois que le principe de vie [...] s'est séparé du corps physique, l'âme-monade libérée, rejoint en exultant l'Esprit qui est son parent [= dans un double rôle de père et mère], le rayonnant Augoéïdès [...]. »

Comment ne pas identifier ce parent (« père-mère »), ce rayonnant Augoéïdès (en grec : « l'éclatant de lumière ») avec l'Être de Lumière des NDE - le Père solaire, ou le Parrain, qui a éveillé la monade humaine, comme on l'a vu dans la Doctrine Secrète ? On l'a bien compris, sans doute : le Maître intérieur, profondément associé à la personne humaine pendant toute son existence, ne pouvait manquer d'intervenir à l'heure dernière, en manifestant sa puissance et son amour à cet ego humain provisoirement libéré de la prison du corps. En attendant l'extase définitive. Ainsi, au terme de toute cette analyse, on voudra bien me concéder que Mme Blavatsky savait de quoi elle parlait en évoquant les derniers instants de la vie humaine, et qu'elle aurait pu expliquer savamment, et dans le détail, tous les mystères des NDE, à l'aide de l'enseignement qu'elle avait reçu de ses maîtres initiés - et qui ne devaient pas constituer pour elle une simple connaissance intellectuelle. Chose essentielle, par ailleurs : en communiquant tous ces faits au public, comme des certitudes, son intention n'était-elle pas d'aider à bannir la crainte de la mort et de redonner confiance dans la vie. Ce que nos modernes témoins des NDE ont exprimé dans leur langage, en traduisant les grandes leçons de leur expérience. Fort bien. Mais si la mort arrive pour de bon ?


23. Dans mon ouvrage précédent, Mourir pour renaître, j'ai exploré assez largement la question des NDE dans l'optique théosophique. Voir le chap. III, et, particulièrement, la 1re partie (« L'être de lumière et son mystère », pp. 119-139). On peut également consulter, dans La Mort transfigurée (op.cit.) publiée sous la direction d'E.S. Mercier, ma contribution intitulée : « Les NDE selon la Théosophie de Mme Blavatsky » (pp. 353-354).  [retour texte]

24. The Mahatma Letters to A.P. Sinnett, (p. 131).  [retour texte]

25. C'est en cela, peut-être, que la NDE ne serait qu'une initiation incomplète. Classiquement, comme l'a rappelé H.P.B., l'initiation comporte toujours une descente dans la nuit de l'Hadès, qui n'est pas, comme on peut s'en douter, une exploration de hideux gouffres souterrains, localisés en quelque point géographique. Très probablement, le candidat devait entrer dans l'un de ces espaces infernaux (intérieurs), pour affronter et soumettre ces monstres qui sommeillent au fond de sa psyché - comme au fond de la psyché collective. Au risque d'y perdre la vie, ou la raison. Pourrait-on éviter de tels combats - titanesques, sans doute - pour gagner définitivement le « Royaume des Cieux », qui, aux dires de Jésus lui-même, doit se conquérir « par la violence » ? (Matt. 11,12).  [retour texte]

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