Quelques réflexions complémentaires

En relisant les Lettres qui m'ont aidé de Judge, on s'aperçoit que, dans de nombreux cas, les allusions qu'il fait au Soi Supérieur (voir l'Index en fin de volume) sous-entendent discrètement en réalité le Soi-Ego Kumârique, divin.

Judge l'appelle diversement :

  • le Soi (opposé au soi),
  • Le soi supérieur, ou le Soi Supérieur,
  • le spectateur,
  • le soi intérieur,
  • le « Guerrier »,
  • l'être Supérieur, c-à-d le Dieu qui réside dans le cœur (p. 122).

Si les références sont trop nombreuses pour les noter toutes, on peut néanmoins citer les suivantes :

  • quel est ce Soi dont l'attente est trompée par la mort ? (p. 51),
  • quel est ce Soi Supérieur qui est l'ami le plus grand, le plus sincère ? (p. 211),
  • comment, en se reposant sur ce Soi Supérieur, recevra-t-on connaissance et lumière ? (p. 175),
  • comment, en écoutant la voix de son soi intérieur, en dépendant de lui, pourrait-on devenir indépendant de l'extérieur, et recevoir des « aides invisibles» (c-à-d, celles de Maîtres) ? (p. 161),
  • quel est ce Soi Supérieur dont le triomphe dépend de notre rejet du doute et de l'indolence ? (p. 42).

On retrouve ici maintes allusions à « l'Ego tout divin » dont le sort est, en quelque sorte, lié à celui de ses personnalités, qui peut devenir, de façon effective, l'allié puissant, l'ami, la source de toute connaissance et lumière. Comme dans la Bhagavad-Gîtâ : « le Dieu qui réside dans le cœur ».

Remarque

Même les paroles du Maître, (Ibid, p. 137) :

« Le meilleur instructeur, et le plus important, est notre septième principe centré dans le sixième », pourraient bien renvoyer au Kumāra (« l'Initiateur des Initiés », selon le mot de H.P. Blavatsky, rapporté aussi par B.P. Wadia). Il faut se rappeler que, dans les premiers temps, la classification des sept principes de l'homme, proposée en première mouture, à la suite des Lettres reçues des Mahâtmas, ne comptaient que deux principes immortels, englobés dans « L'Âme Spirituelle ou Esprit », le reste étant distribué dans cinq principes mortels formant l'Âme Animale (ou Périsprit) et le corps.

Ainsi, dans cette classification, présentée en octobre 1881 par A.O. Hume dans ses « Fragments of Occult Truth 1 » :

  • le 7e Principe était L'Esprit, émanation de l'Absolu, incréé, éternel, etc.,
  • le 6e Principe était l'Intelligence Supérieure ou Spirituelle, ou la conscience (Supérieure) ou l'Ego Spirituel (« où réside principalement l'état de conscience de l'homme parfait ... »).

Quant au 5e Principe, il fallait n'y voir que :

  • l'intelligence
  • la conscience ou
  • l'Ego

On pourra voir sans peine dans « l'Ego Spirituel Supérieur » la présence du Kumāra. [En 1882, on a commencé à parler d'Âtman et de son véhicule, Buddhi, ainsi que de Manas, etc ....].

Dans cette présentation incomplète des choses, on constate que le 6e principe suit son « aîné divin » (le 7e) après la mort physique, en attirant à lui (c-à-d, le 6e principe) la quintessence du Bon qui se trouvait dans le 5e : ainsi s'exprime l'un des Maîtres dans la Lettre XVI du 15 juillet 1882 2. Ainsi, ce 6e Principe a une expérience consciente dans le Devachan où il assimile les attributs les plus abstraits et les plus purs de l'« Âme animale ». En fait, c'est le Kumāra qui orchestre l'expérience du Devachan — et qui la vit, en redonnant vie à la quintessence de la personnalité (qui n'est pas animale).

Comme on peut le comprendre, tout ne pouvait être dit dès les débuts. Il fallait non seulement forger un vocabulaire adéquat, mais aussi préparer le public, pour lui donner envie d'en savoir plus — et en faire bon usage.

Quant à la doctrine du « Dieu personnel » en chacun de nous, elle n'a commencé à avoir des fondements sûrs, et philosophiques, qu'avec le dévoilement du mythe de Prométhée dans La Doctrine Secrète. Encore fallait-il faire pas mal d'efforts, par ailleurs, pour réunir tant bien que mal le maximum de pièces du puzzle, pour voir apparaître une image assez claire de ce Dieu.

Pourquoi tant de précautions de la part de Mme Blavatsky, et de ses Maîtres, dans leur tentative de dévoiler... tout en tenant cachées, des choses aussi essentielles — et sublimes ? Pourquoi, pourquoi ?

On peut chercher pour soi-même des éléments de réponses à cette interrogation.


1. Cf. A Modern Panarion, p. 439 – Ed. The Theosophy Company, USA. [retour texte]
2. Cf. The Mahatma Letters – Ed. The Theosophical Publishing House, India. [retour texte] 

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