Point sur les rapports du Kumâra (le dieu intérieur) et de l’« âme humaine »

Lors de la « connexion » entre la monade du Kumâra (1) et celle qui, faute d’être éveillée, aurait poursuivi son évolution, un peu comme un animal supérieur mais sans mental réfléchi, on écarte l’idée de la somme de 2 monades : 1 + 1 = 2 ; peut-être, l’expression [proposée par Henry Corbin dans L’Homme et son Ange (2)] d’une « unité duelle » (ou d’une « dualitude ») conviendrait pour tenter de rendre compte de la situation, réunissant 2 « Pair-Companions », par la volonté de sacrifice du Kumâra, pour « accompagner » et soutenir sans cesse de ses pouvoirs l’« apprentie âme humaine », devenue consciente d’elle-même par le don de son « Père solaire ».

Semblable à un « soleil », une « colonne de lumière », ou simplement un « être de lumière », focalisant en lui la lumière cosmique d’Âlaya-Âkâsha (3), du Mental Universel, de l’Îshvara (4) solaire, etc. etc., la mission du « Kumâra-Compagnon » est multiple. Lors de l’incarnation d’une nouvelle personnalité, peut-être l’Aîné a-t-il à intervenir pour stimuler l’élaboration des instruments nécessaires pour cette existence (application des programmes contenus dans la monade en évolution) en vue de construire non seulement le corps pilote pour la vie physique, mais aussi l’ensemble des « corps », ou instruments, servant à l’« âme astrale », ou l’ego astral, destinés à opérer en liaison avec le corps physique et, particulièrement, le cerveau et son système nerveux.

Mais toute cette machinerie ne serait qu’un « automate » [mot employé par H.P. Blavatsky (5)] sans le « rayon manasique » destiné à l’habiter, à l’employer pour entrer dans la vie, exercer le libre-arbitre, incarner l’Homme, dans toutes ses potentialités. Ici, l’intervention de l’« Être de lumière » est capitale : c’est un aspect essentiel de la mission de ce qu’on appelle l’« Ego supérieur » (qui n’est autre que le Kumâra, sur son propre plan) d’« émettre un rayon de sa lumière » de « Manas supérieur », dans les instruments en préparation, pour produire une « âme » nouvelle, dans un enfant promis à une existence nouvelle.

Mais, ce faisant, le Kumâra prend la responsabilité des actes, pensées, comportements, etc. de l’âme personnelle ainsi créée – tout comme un Parrain prend la responsabilité des actions de son Filleul encore immature. Comme on le comprend bien, à chaque incarnation un nouveau rayon du soleil Kumârique est émis, mais c’est toujours la même lumière en essence – celle qui a son origine dans Mahat – le Mental Universel. Bien sûr, cette lumière est, en soi, trop pure pour opérer telle quelle dans la machinerie de l’ego astral : H.P. Blavatsky a signalé qu’elle se « revêt » d’une enveloppe de lumière astrale (très pure) capable de jouer son rôle pour l’expression du « Manas », l’intelligence dans la machinerie psycho-physique.

Si le « Filleul » (l’ego personnel, souvent animal) commet des « péchés », c’est cet intermédiaire qui est « pollué », et jamais le Kumâra, avec sa pure lumière solaire, qui attend l’heure où elle trouvera, dans l’âme humaine, le pur miroir où elle se focalisera, dans une communion sublime, où cette âme se trouvera élevée au niveau de l’aura du Mental Universel. Pour devenir un Kumâra à son tour. En attendant, pendant la vie incarnée, le Kumâra est comme paralysé par l’« atmosphère soporifique » de l’ego personnel, souvent égoïste et prisonnier des passions et désirs terrestres.

Dans le sommeil profond, l’« Ego divin », comme il est appelé également, est libéré de sa cage – il est sur un plan hors du temps et de l’espace, où toute son expérience est embrassée dans un Présent globalisant. Heureusement, le « geôlier » a aussi des bons moments, des aspirations à des idéaux de Beau, de Vrai, de Juste, où il exprime un peu de l’Amour inconditionnel, que le Kumâra tente de lui faire découvrir, et exprimer. À l’heure de la mort, le Kumâra révélera l’« Être de lumière » qu’il n’a jamais cessé d’être, et aidera l’ego personnel à faire le bilan de sa vie, dans l’optique globalisante qui est celle du « Maître intérieur ».

Ensuite, bien sûr, il y aura une sorte de lutte, entre les 2 pôles de l’ego personnel, d’un côté pour affirmer les « droits » du « Vieil Homme » égoïste, et de l’autre, pour préserver tout ce qui était immortalisable dans l’âme humaine. (Le Maître K.H. a parlé d’une « lutte à mort » entre ces 2 pôles).

Puis, le tri des images et énergies étant terminé (avec l’abandon de toute la machinerie astrale inférieure), il y a (selon le Maître) une nouvelle « vision panoramique » de l’existence, mais, cette fois, n’apparaît que le lumineux de l’être incarné – ce qui est immortalisable au cours de l’expérience paradisiaque du Devachan. On pense alors que le Kumâra, libéré de toute contrainte, « jubile » avec le côté lumineux de son Filleul : il aurait voulu que toute la vie de ce dernier fût ainsi le théâtre d’images et énergies spirituelles. Comment s’étonner que ce Devachan dure si longtemps ? Ensuite, le Kumâra va retrouver un moment la liberté qu’il avait avant de s’allier à la monade de son choix. Ici encore, vision intemporelle, mais axée sur le passé et le devenir du « pèlerin-Filleul », dans la perspective d’une nouvelle incarnation. « Il ne murmure pas » (dit Judge) : comment un Dieu de ce calibre murmurerait-il, lui qui est à son poste depuis 18 millions d’années ?

Comme on peut s’en rendre compte en lisant des articles du Theosophical Movement publiés par B.P. Wadia, ou les Extraits de ses Lettres Inédites (6), ce grand théosophe, pionnier du renouveau théosophique, a fait de nombreuses références au Régent Intérieur (“the Inner Ruler”), avec la sorte de synthèse qu’il en a donnée dans l’article qui a ce titre (« Le Régent intérieur », Cahier Théosophique N° 108, éd. Textes Théosophiques).

Dans ces « Lettres inédites », Wadia évoque ce Maître intérieur sous plusieurs noms :

·           « Le Grand Guru », en tant que Mânasa-putra, celui qui a éclairé notre Manas (Déc.1961).

·           « …notre réel et grand Guru, il nous connaît depuis le passé… » (Juil.1963).

·           Restez dans la compagnie du Régent Intérieur, de façon fréquente (Fev.1961).

·           Confiance en Eux (= Les Maîtres et H.P. Blavatsky) signifie confiance dans le Régent Intérieur (jan.1960)

·           Nous devons essayer de sentir la présence du Dieu intérieur…

·           « Guru » est aussi le terme utilisé par les chélas [disciples] pour évoquer le Régent Intérieur (Juin1960).

À propos de l’identité postulée entre Krishna et l’Ego divin dans l’homme, on trouve encore :

« Souvenez-vous que Krishna c’est l’Ego – votre Soi-Réel – le conducteur du char qui vous a placé entre les deux armées… Krishna est proche, plus près de vous que l’an passé, plus près de vous que votre ami ne saurait jamais espérer l’être… Chacun de nous devient Krishna - nous sommes Krishna… » (Janv. 1961).

Dans l’article du Theosophical Movement “Keeping the Divine in view”, (« Garder le divin en vue ») B.P. Wadia abonde encore dans ce sens :

« L’essence de l’enseignement donné dans la Bhagavad-Gîtâ est de devenir dévoué à Krishna, le Dieu au-dedans de nous, le Régent Intérieur (= the Inner Ruler)… avoir une croyance inébranlable dans la Déité qui est en nous et dans les pouvoirs qui appartiennent à cette Déité » (p.75).Viennent ensuite des citations d’Isis Dévoilée (II, 317-8) insistant sur le fait que le seul « dieu personnel » qui existe se trouve en nous (et non hors de nous), avec la nécessité de nous unir indissolublement avec notre Rex Lucis [= Roi de Lumière], le Seigneur de Splendeur et de Lumière, notre Dieu Immortel, afin de pouvoir atteindre le “Royaume des Cieux” ».

D’où la nécessité de « rechercher ce Dieu immortel », ou l’étincelle divine, et de l’amener à agir et s’exprimer - si tant est que « nous sommes des dieux » (comme l’a dit Jésus), chacun étant, selon St Paul « le sanctuaire du Dieu vivant ».

B.P. Wadia poursuit :

« Nous sommes tous des Dieux – chacun de nous ; mais ne deviendrons des Dieux conscients et opérationnels que lorsque la présence du Régent Intérieur sera ressentie et perçue à chacun des moments qui passent dans notre existence ».

Révélation capitale :

Notre réelle nature est un « Être de lumière ».

L’expression a été employée ici des années avant d’être évoquée à propos des N.D.E., en 1975, dans le premier livre du Dr. Moody (La vie après la vie).

Wadia rappelle ensuite la Bhagavad-Gîtâ parlant, dans son langage, « du Soi, du Guru intérieur, du Vrai Père », qui apparaît comme « le but, celui qui réconforte, le Seigneur, le Témoin, le lieu de repos, l’Asile et l’Ami ». Il aurait pu ajouter l’affirmation (du Chap. X) : « Je suis l’Ego dans le cœur de toutes les créatures » (en notant que cette traduction était due à Judge, le mot rendu par Ego étant en fait Atman, bien moins spécifique pour désigner une entité pensante divine).

L’auteur consacre ensuite plus d’un paragraphe à la pratique du yoga de la Bhagavad-Gîtâ qui s’appuie sur les révélations qui précédent. Il insiste, bien sûr, sur la nécessité de « sentir » la proximité de Krishna dans la routine de l’existence, au fil des heures, afin d’être un véritable ‘homme de méditation’, avec la nécessité, aussi bien, de « construire », en nous un Centre Spirituel actif, et de vivre dans ce Centre.

Ce qui nous amène directement sous l’influence de notre Triade Supérieure – l’émanation de l’Éternelle Monade, Îshvara, le « Mot Ineffable » [AUM] – « le Logos ».

Cette triple Monade, au cœur de notre être, ne serait-elle pas ce que Judge a évoqué (dans l’Epitomé de Théosophie, p. 175) avec la (surprenante) expression : « l’Îshvara personnel, ou l’étincelle divine » ?  Pourquoi pas le Dieu personnel ?

Antony, décembre 2007.

Notes

(1) Kumara : le dieu dans l’homme.

(2) Henry Cordin, ouvrage L’Homme et son Age, Initiation et chevalerie spirituelle (éd. Fayard).

(3) Âlaya-Âkâsha : l’Âme universelle.

(4) Îshvara: Le Seigneur, l’Esprit suprême.

(5) Voir, The Secret Doctrine, ouvrage d’H.P. Blavatsky.

(6) B.P. Wadia, Lettres inédites,

 


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