Les Shaktis ou forces primordiales du Logos

Extrait de l'ouvrage de Blavatsky, La Secret DoctrineVol. I – pp. 292-294 (de l'édition originale en anglais de 1888).

Traduction par Courmes de la Doctrine Secrète.

Il serait peut-être intéressant de saisir cette occasion pour rappeler aux lecteurs ce que T. Subba Row a dit de ces forces (voir. Five Years of Theosophy et l’article « Les douze signes du Zodiaque » – décrites au point de vue mystique :

Kanyâ (le sixième signe du Zodiaque ou la Vierge) signifie une vierge et représente Shakti ou Mahârnâyâ. Le signe en question est la sixième Râshi ou division et indique qu’il y a six forces primordiales dans la Nature (synthétisées par la Septième) …

Ces Shaktis se présentent dans l’ordre suivant :

(1) Parâshakli. – Littéralement la grande ou suprême force ou puissance. Elle signifie et contient les pouvoirs de la lumière et de la chaleur.

(2) Jnanâshakli. – Littéralement, le pouvoir de l’intelligence, de la vraie sagesse ou connaissance. Il a deux aspects :

I. Voici quelques-unes de ses manifestations, lorsqu’il est placé sous l’influence ou le contrôle des conditions matérielles, (a) La faculté que possède l’intelligence d’interpréter nos sensations ; (b) sa faculté de rappeler des idées passées (la mémoire) et de faire naître des espérances futures ; (c) sa faculté qui découle de ce que les psychologues modernes nomment « les lois d’association » et qui lui permet de former des liens persistants entre les groupes divers de sensations et de possibilités de sensations et de donner ainsi naissance à la notion ou à l’idée d’un objet extérieur ; (d) sa faculté de relier nos idées entre elles par le lien mystérieux de la mémoire et de créer ainsi Vidée du soi ou de l’Individualité.

II. Voici maintenant quelques-unes de ses manifestations lorsqu’il est libéré des tiens de la matière :

(a) La Clairvoyance ; (b) la Psychométrie.

(3) Ichchhâshakli. – Littéralement, le pouvoir de la volonté. Sa manifestation la plus ordinaire est la création de certains courants nerveux qui mettent en mouvement les muscles nécessaires pour accomplir certaines choses voulues.

(4) Kriyâshakli. – La mystérieuse faculté de penser qui lui permet de produire, par la seule énergie qui lui est inhérente, des résultats phénoménaux externes et perceptibles. Les anciens tenaient pour certain qu’une idée quelconque se manifestera extérieurement, si on concentre profondément son attention sur elle. De même une volition intense sera suivie de la réalisation du désir.

Un Yôgui accomplit généralement ses prodiges au moyen des deux dernières facultés que l’on vient de définir.

(5) Kundalini Shakti. – La faculté ou la force qui se meut suivant une trajectoire courbe ou serpentine. C’est le principe de vie universel qui se manifeste partout dans la nature. Cette force comprend les deux grandes forces d’attraction et de répulsion. L’électricité et le magnétisme ne sont que deux de ses manifestations. C’est le pouvoir qui produit cet « accord continu des relations internes avec les relations externes » qui est, selon Herbert Spencer, l’essence de la vie, et cet « accord continu des relations externes avec les relations internes qui est la base de la transmigration des âmes, Punarjanman (Renaissance), dans les doctrines des anciens philosophes hindous.

Un Yogi doit maîtriser à fond cette faculté ou cette force, avant de pouvoir atteindre Môksha…

(6) Mantrikâshakti. – Littéralement, la force ou le pouvoir des lettres de la parole ou de la musique. Toute l’ancienne Mantra. Shâstra renfermé cette force ou pouvoir dans toutes les manifestations qui sont de son ressort… L’influence de la musique est l’une de ses manifestations ordinaires. La puissance du nom mirifique et ineffable est la couronne de ce Shakti.

La Science moderne n’a approfondi qu’en partie la première, la seconde et la cinquième des forces ou des facultés que nous venons de nommer, mais reste plongée dans l’obscurité en ce qui concerne les autres… Les six forces sont, dans leur unité, représentées par la Lumière Astrale (Daïviprakriti, la septième, la Lumière du Logos)30.

Nous avons fait ces citations pour montrer quelles sont, à ce sujet, les véritables idées hindoues. C’est tout à fait ésotérique, bien que cela n’embrasse pas la dixième partie de ce qui pourrait être dit. Ainsi les six noms des six forces mentionnées sont ceux des six hiérarchies de Dhyân-Chôhans, synthétisées par la première d’entre elles, la septième, – qui personnifie le Cinquième Principe de la Nature Cosmique ou de la « Mère » dans son sens mystique. L’énumération seule des pouvoirs de la Yôga demanderait dix volumes. Chacune de ces forces a, à sa tête, une Entité consciente et vivante, entité dont elle est une émanation.

Mais comparons, avec le commentaire que nous venons de citer, les paroles d’Hermès, le Trois fois Grand :

« La création de la vie par le soleil est aussi continue que l’est sa lumière : rien ne l’arrête, ni ne la limite. Autour de lui, comme une armée de satellites, sont des chœurs innombrables de Génies. Ceux-ci habitent dans le voisinage des immortels et de là veillent sur les choses humaines. Ils accomplissent la volonté des Dieux (Karma) au moyen d’orages, de tempêtes, de transitions, de feu et de tremblements de terre, ainsi que par des famines et des guerres, pour la punition de l’impiété31… C’est le soleil qui conserve et nourrit toutes les créatures, et, de même que le Monde Idéal, qui entoure le monde sensible, remplit celui-ci de la plénitude et de l’universelle variété des formes, de même, le soleil, enveloppant tout de sa lumière, détermine partout la naissance et le développement des créatures… Sous ses ordres se trouve le chœur des Génies, ou plutôt les chœurs, car il y en a plusieurs différents et leur nombre correspond à celui des étoiles. Chaque étoile a ses Génies, bons et mauvais par nature, ou plutôt par leur action, car l’action est l’essence des Génies… Tous ces génies président aux affaires du Monde32, ils ébranlent et renversent la constitution des États et des individus ; ils impriment leur ressemblance sur nos âmes, ils sont présents dans nos nerfs, dans notre moelle, dans nos veines, dans nos artères et dans la substance même de nos cervelles… Au moment où chacun de nous reçoit la vie et l’existence, les Génies (Élémentaux) qui président aux naissances33 et qui sont classés au-dessous des pouvoirs astraux (Esprits astraux surhumains) se chargent de lui. Ils changent perpétuellement, pas toujours identiquement, mais en progression circulaire34. Ils pénètrent, par le corps, deux parties de l’âme, afin que celui-ci puisse recevoir de chacune l’impression de sa propre énergie. Mais la partie raisonnable de l’âme n’est pas soumise aux Génies ; elle est destinée à recevoir (le) Dieu35 qui l’illumine d’un rayon de soleil. Ceux qui sont illuminés sont peu nombreux et les Génies s’éloignent d’eux, car ni Génies ni Dieux n’ont de pouvoir en présence d’un seul rayon de Dieu36. Mais tous les autres hommes, corps et âmes, sont dirigés par des Génies à qui ils s’attachent et dont ils effectuent les actions… Les Génies ont, par conséquent, le contrôle des choses mondaines et nos corps leur servent d’instruments37.

Ce que nous venons de citer, à l’exception de certains points particuliers, représente ce qui était une croyance universelle, commune à toutes les nations, jusqu’à il y a environ un siècle. Elle est encore tout aussi orthodoxe dans ses grandes lignes et ses traits principaux, parmi les païens comme parmi les chrétiens, à l’exception d’une poignée de matérialistes et d’hommes de science.

En effet, qu’on appelle les Génies d’Hermès et ses « Dieux » « Puissances des Ténèbres » et « Anges » comme dans les Églises grecque et latine, ou « Esprits des Morts » comme dans le Spiritisme ; ou encore Bhûts et Dévas, Shailou ou Djin, comme on les dénomme encore dans les pays Indiens et Musulmans – ils ne sont tous qu’une seule et même chose – une ILLUSION. Qu’on ne se méprenne toutefois point à ce sujet, comme l’ont fait dernièrement les écoles occidentales, au sujet de la grande doctrine philosophique des védântins.